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Pourquoi les herbivores peuvent-ils se nourrir d’herbe et moi pas ?

Crédits : Pixel-Sepp/Pixabay

Lors de votre dernière escapade à la campagne, vous avez sûrement croisé des vaches mâchouillant paisiblement quelques brins d’herbe au bord de la route. Une question vous a peut-être traversé l’esprit : pourquoi les bovins peuvent-ils se nourrir d’herbe, alors que moi je ne peux pas ? Et le mystère s’épaissit : qu’en est-il des chevaux, lapins et autres herbivores ? Qu’ont-ils de plus que nous ? Aujourd’hui, on plonge au cœur d’une énigme très végétale !

Il y a un hic…

Pour survivre, l’organisme a besoin de nutriments. Ces sont des substances essentielles qui lui sont fournies par l’alimentation. Parmi les principales, on retrouve les glucides ou « hydrates de carbone ». Il en existe 2 types :

  • Les glucides digestibles (amidon, sucres…). Les enzymes du tube digestif peuvent les dégrader. On les absorbe donc sans problème.

  • Les fibres alimentaires. C’est là que ça coince : les enzymes digestives ne sont pas capables de les dégrader. Seuls certains micro-organismes le peuvent (en partie).

Or l’herbe contient de grandes quantités de fibres… Par conséquent, si on souhaite la digérer et s’en nourrir, on est obligé de trouver une autre stratégie. Il en existe deux grands types : celle des ruminants et celle des herbivores non ruminants.

La stratégie des vaches et autres ruminants

Ce groupe comprend de nombreuses espèces : bovins, moutons, chèvres, girafes, cerfs, antilopes… Il y a aussi des pseudo-ruminants qui ont une approche assez similaire : hippopotames, chameaux, dromadaires, lamas, alpagas, hamsters, kangourous, wallabies…

1. Une tactique bien spéciale

Leur estomac est gigantesque. Il est composé de 4 poches (2 ou 3 pour les pseudo-ruminants). La dernière est plus ou moins l’équivalent de l’estomac humain. Par contre, les 3 premières sont des pré-estomacs remplis de micro-organismes (bactéries, champignons, protozoaires…) dégradant les fibres (par fermentation).

Pour leur faciliter la tâche, les ruminants « ruminent » : ils avalent de grandes quantités d’herbe rapidement en la mâchant à peine. Et de temps en temps ils en régurgitent une partie, la remâchent pour la décomposer davantage, puis la ravalent. C’est un peu comme si vous mangiez votre petit-déjeuner à toute vitesse à 8h, puis décidiez de le régurgiter plus tard dans la matinée afin de le remâcher un peu mieux !

système digestif vache
Crédits : Lukaves/iStock

2. Des avantages et des inconvénients

En dégradant ces aliments inutilisables par l’homme, les microbes fournissent aux ruminants une source d’énergie, des protéines de haute qualité, ainsi que des vitamines qui seront ensuite absorbés et répartis dans leur corps. Ces microbes sont d’ailleurs la seule et unique source naturelle de vitamine B12, ce pourquoi les végétaLiens ne mangeant aucun produit d’origine animale doivent en prendre en compléments.

Cependant, ces microbes en profitent également pour produire des gaz à effet de serre qui seront ensuite éructés. Oui, contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas les pets des vaches qui polluent, ce sont leurs rots !

La stratégie des herbivores non ruminants

Ces animaux n’ont pas de « super-estomac ». Alors, ils ont opté pour divers plans B. Mais ils sont moins efficaces. Par conséquent, ces herbivores doivent s’alimenter avec des plantes de meilleure qualité. Voyons voir quelques-unes de ces approches.

1. Le cheval, l’éléphant et le rhinocéros

Leur tactique : un côlon surdéveloppé ! Chez eux, c’est là que se situent les nombreux micro-organismes dégradant les fibres. Le mécanisme (fermentation microbienne) est assez similaire à celui qu’on retrouve au niveau des pré-estomacs bovins.

Toutefois, l’absorption des vitamines et des protéines microbiennes n’est pas optimale au niveau du côlon. Elle est bien meilleure au niveau de l’intestin grêle. Ce dernier se situe après les pré-estomacs des vaches qui peuvent donc absorber les produits microbiens fabriqués en amont. Cependant, il se situe avant le gros intestin des chevaux qui ne peuvent donc pas en profiter autant.

système digestif cheval
Crédits : Crédits : Decade3d/iStock

2. Le lapin et certains rongeurs (cochon d’Inde, chinchilla…)

Leur tactique : un cæcum surdéveloppé ! Le cæcum est la première partie du gros intestin, juste avant le côlon. Chez le lapin et certains rongeurs, il est très grand comparé à leur taille et c’est là que se situent les nombreux microbes fermentateurs.

Ces animaux ont également la douce particularité de manger une partie de leurs excréments (cæcotrophie). On a vu précédemment que le cheval ne peut pas profiter de tous les produits microbiens créés dans son gros intestin. Eh bien, les lapins ont trouvé une solution : ils réingèrent leurs crottes ! Ces dernières repartent au début du système digestif, atteignent l’intestin grêle, et apportent ainsi les nombreux nutriments qui n’auraient pas été assimilés autrement.

La stratégie des hommes

Nous autres, êtres humains, nous n’avons pas d’estomac surdéveloppé, pas de côlon surdéveloppé, et pas de cæcum surdéveloppé. Notre estomac n’a qu’une seule poche, notre gros intestin est de taille moyenne et nous ne mangeons pas nos matières fécales (n’essayez pas, nous ne fabriquons de toute façon pas de cæcotrophes, les excréments adaptés à la réingestion !). Par conséquent, notre anatomie et notre physiologie ne nous permettent pas de nous nourrir de la même manière que les animaux herbivores.

Cependant manger des fibres reste capital pour l’homme, car même si nous les assimilons très mal, elles stimulent la motricité de notre tube digestif. Voilà, on vous a dit l’essentiel, vous êtes maintenant des pros de la digestion comparée !

système digestif homme

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