Il convient d’abord de distinguer la propreté clinique, chère à nos intérieurs modernes, de l’équilibre biologique vital pour le monde animal. On s’imagine souvent, avec une naïveté touchante, qu’un environnement aseptisé est le nec plus ultra pour nos compagnons à écailles. La tentation est d’ailleurs immense, en cette période estivale où la chaleur favorise les proliférations diverses, de sortir le grand jeu hygiénique. Vous pensiez offrir un bain de jouvence à vos poissons en récurant leur filtre de fond en comble sous le jet de l’évier ? Détrompez-vous : ce réflexe, en apparence parfaitement logique pour l’humain moyen, est en réalité un véritable désastre pour la survie de votre environnement aquatique.
L’eau du robinet assassine les bactéries vitales de votre écosystème
Le chlore et les chloramines présents dans le réseau d’eau potable sont méticuleusement dosés pour anéantir les micro-organismes. C’est une excellente nouvelle pour notre santé publique, mais une véritable catastrophe pour un aquarium. En effet, rincer les masses filtrantes à l’eau du robinet tue des bactéries utiles du filtre, ces fameux ouvriers invisibles qui transforment l’ammoniaque toxique issu des déjections en composés acceptables. En voulant trop bien faire avec une éponge neuve, l’aquariophile zélé anéantit en quelques secondes des semaines de colonisation indispensable. Le résultat ne se fait généralement pas attendre : un pic de nitrites silencieux, mais redoutablement mortel pour ces Nouveaux Animaux de Compagnie aquatiques.
La méthode douce pour laver les masses filtrantes sans danger
L’ironie de la situation veut que la méthode la plus sûre soit aussi celle qui demande le moins d’efforts, ce qui devrait en rassurer plus d’un. Le but n’est pas de décaper, mais de désobstruer pour maintenir un bon débit. Il suffit d’utiliser les ressources de l’aquarium lui-même pour accomplir cette tâche sans drame écologique. Voici les règles d’or pour un entretien qui respecte le vivant :
- Prélever une dizaine de litres d’eau du bac lors d’un changement d’eau régulier, et les verser dans un seau propre et dénué de tout résidu de détergent humain.
- Malaxer délicatement les mousses de filtration directement dans ce seau deux ou trois fois libérer les gros amas de déchets, sans jamais chercher à retrouver leur couleur d’usine.
- Alterner le nettoyage des supports en ne remplaçant jamais toutes les masses filtrantes ou les nouilles en céramique le même jour, pour préserver un cheptel bactérien de secours.
Un filtre qui semble sale est le secret d’un aquarium en pleine forme
Cette pellicule visqueuse et brunâtre qui constelle l’intérieur de la pompe n’est absolument pas un signe de négligence crasse. Tout au contraire, c’est le cœur battant d’un monde clos sain. Un filtre biologique efficace doit toujours paraître légèrement encrassé. Cette boue marron est majoritairement constituée de la flore qui digère inlassablement les restes de nourriture et les feuilles mortes. Vouloir un équipement qui sent le propre relève d’une anthropomorphisation mal placée. Nos protégés n’ont que faire de nos standards ménagers ; ils exigent simplement une eau dont les paramètres chimiques restent obstinément stables.
En oubliant la méthode forte et en protégeant ces colonies bactériennes invisibles, vous garantissez un cycle de l’eau parfait, une aubaine en ces jours de fortes chaleurs estivales où l’oxygène se fait plus rare. Finalement, en aquariophilie, ranger son éponge pour de bon et oser accepter un peu de saleté organique reste le meilleur service à rendre à vos poissons. La prochaine fois que vous sentirez l’envie irrépressible de tout récurer, demandez-vous donc : n’est-il pas plus sage de laisser la nature faire son travail toute seule ?
