En français, le renne n’a pas de mot de vénerie pour son mâle ni pour sa femelle. On dit « le renne mâle » et « la femelle du renne » (ou « renne femelle »), point. Seul le petit reçoit un nom propre, le faon, qu’il partage avec tous les cervidés. Pas de « biche », pas de « brocard », pas de « chevrette » : ces mots appartiennent à d’autres animaux.
Ce vide lexical surprend, surtout quand on connaît la richesse du vocabulaire attaché au cerf ou au chevreuil. Il s’explique pourtant très bien, et il cache une particularité biologique qui rend la question du sexe du renne plus délicate qu’ailleurs.
Le renne en un coup d’œil : mâle, femelle et petit
Le mâle et la femelle : des descriptions, pas des noms
Ouvrez le Larousse ou le TLFi à l’entrée « renne » : vous y trouverez un cervidé des régions arctiques et subarctiques (Rangifer tarandus), élevé ou sauvage, et rien de plus sur le sexe. Aucun terme propre ne distingue les deux. Le mâle est un renne mâle. La femelle est un renne femelle, ou la femelle du renne, formule la plus sûre.
Reste le genre grammatical. « Renne » est un nom masculin, et l’on croise parfois « une renne » pour désigner la femelle, par analogie avec d’autres noms d’animaux. L’usage hésite, et les dictionnaires ne l’érigent pas en forme officielle. Pour écrire sans risque, mieux vaut s’en tenir à « la femelle du renne ». C’est d’ailleurs la tournure retenue dans notre page générale sur femelle du renne et ses voisines.
Le petit : un faon, comme chez tous les cervidés
Là, le français retrouve ses repères. Le petit du renne est un faon, le mot que l’on emploie aussi pour le petit de la biche, de la chevrette ou de la daine. Il naît au printemps, généralement en mai ou juin, après une gestation d’environ sept mois et demi, et la mère n’en met le plus souvent qu’un seul au monde.
Dans certains textes d’élevage, on lit aussi « veau de renne », calque de l’anglais calf. Le terme circule, mais il reste marginal. Faon est la réponse standard, celle que donnent les sources lexicographiques et zoologiques.
| Catégorie | Terme usuel en français | Variantes rencontrées |
|---|---|---|
| Mâle | renne mâle | mâle du renne |
| Femelle | renne femelle, femelle du renne | « une renne » (usage hésitant) |
| Petit | faon | « veau » (calque de l’anglais, marginal) |
| Groupe | harde | troupeau (surtout pour les rennes domestiques) |
| Mâle âgé ou dominant | aucun terme spécifique | « vieux mâle », « grand mâle » |
Pourquoi le français n’a pas de vocabulaire de vénerie pour le renne
La vénerie, l’art de chasser à courre, a bâti son langage au Moyen Âge, dans les forêts royales de France. Ses mots sont précis jusqu’à l’obsession. Le cerf change de nom au fil des ans : le jeune mâle devient daguet, puis les andouillers s’ajoutent jusqu’au dix-cors, appellation qui renseigne sur l’âge et le rang de l’animal. Le chevreuil a son brocard et sa chevrette, le daim son daguet et sa daine.
Chaque terme répond à un besoin de chasseur : reconnaître l’animal à ses traces, à ses fumées, à ses bois, pour savoir s’il vaut la poursuite. Un vocabulaire d’usage, né du terrain.
Le renne, lui, n’a jamais couru dans ces forêts-là. Il vivait pourtant en France, en abondance, il y a quelque 15 000 ans : les archéologues parlent d’« âge du renne » pour le Magdalénien, quand les chasseurs de Dordogne en faisaient leur gibier de prédilection. Mais l’espèce a reculé vers le nord avec le réchauffement de la fin de la dernière glaciation, bien avant que naissent le français et ses codes cynégétiques. Les veneurs médiévaux n’avaient donc aucune raison de baptiser les âges et les sexes d’un animal qu’ils ne croisaient pas.
Il existe bien un vocabulaire foisonnant autour du renne, mais il est ailleurs : chez les éleveurs sames de Laponie, dont la langue distingue les animaux par âge, sexe, robe ou tempérament avec une finesse que le français n’a jamais cherché à imiter. Le français, lui, a emprunté le mot « renne » (du scandinave hreinn, via l’ancien français) sans importer le lexique qui allait avec. Même l’anglais, avec son bull, son cow et son calf, fait mieux que nous en la matière, et ces mots anglais ne sont employés en français que dans le jargon de quelques éleveurs ou parcs animaliers.
Un dernier détail confirme ce vide : aucun équivalent du dix-cors n’existe pour un vieux renne dominant. On dit un grand mâle, un vieux mâle, et on s’arrête là.
Des bois chez les deux sexes, une harde, et le cas du caribou
Voici le point qui change tout. Chez le cerf, le chevreuil et le daim, seuls les mâles portent des bois. Le renne est le seul cervidé où les femelles en ont aussi, plus petits et plus grêles que ceux des mâles, mais bien réels. C’est ce qui rend l’identification du sexe moins évidente qu’on ne le croit, et c’est une raison de plus pour laquelle le vocabulaire de vénerie, pensé pour des espèces où les bois suffisent à trancher, n’aurait pas pu simplement se transposer.
Le calendrier des bois apporte un indice. Les mâles les perdent après le rut, en fin d’automne ou au début de l’hiver. Les femelles gardent les leurs jusqu’à la mise bas, au printemps, car ils leur servent à défendre les meilleures zones de nourriture en hiver. un renne portant des bois en plein mois de décembre est très probablement une femelle (ou un jeune mâle). De quoi bousculer l’imagerie de Noël : les rennes du traîneau du Père Noël, dessinés avec de grands bois en décembre, seraient donc, à la rigueur zoologique, des femelles.
Pour parler d’un groupe, le mot attendu est la harde, le même que pour les cerfs ou les biches. Dans l’élevage, on emploie plutôt « troupeau », notamment pour les rennes domestiques menés par les éleveurs scandinaves ou russes. Les deux se rencontrent, et aucun n’est fautif.
Quant au caribou, nom donné aux rennes d’Amérique du Nord, il suit la même logique : caribou mâle, caribou femelle, faon. Les noms du mâle, de la femelle et du petit ne changent pas selon qu’on dise renne ou caribou. La différence entre les deux appellations relève de la géographie et de la sous-espèce, un sujet traité dans une autre page de ce cocon.
Erreurs fréquentes à éviter sur le vocabulaire du renne
La plus répandue consiste à plaquer le lexique du cerf sur le renne. « La biche du renne » n’existe pas : biche désigne la femelle du cerf (et, par extension, celle du daim et du cerf sika selon les usages), pas celle du renne. De même, « brocard » appartient au chevreuil, et « daguet » au jeune cerf. Lire « un brocard de renne » dans un texte, c’est repérer une confusion d’espèce.
Deuxième piège : croire qu’un renne portant des bois est forcément un mâle. Chez cette espèce, le critère ne marche pas, on l’a vu. Troisième piège, plus subtil : parler du « brame » du renne. Le brame est le cri du cerf en rut. Pour le renne, on parle de rut, tout simplement, accompagné de grognements et de claquements de tendons des pattes qui n’ont rien à voir avec le bramement.
Quatrième erreur, enfin : confondre le renne avec un autre animal proche par la silhouette, comme l’élan, plus massif, ou le wapiti. Ces ressemblances alimentent bien des quiz ratés, et notre page sur la difference entre deux animaux qu on confond donne des repères pour ne plus s’y tromper.
À retenir sans hésiter : renne mâle, renne femelle, faon, harde. Quatre mots, aucun inventé. Et un détail pour finir : en Laponie, où l’on compte plus de rennes domestiques que d’habitants dans certaines communes, les éleveurs marquent encore les faons à l’oreille au début de l’été, une entaille propre à chaque famille. C’est là, bien plus que dans nos dictionnaires, que se trouve le vrai vocabulaire du renne. La prochaine fois que vous croiserez le mot dans un texte, vérifiez qu’il n’emprunte rien à la biche.

