Le wapiti (Cervus canadensis) vit aujourd’hui surtout en Amérique du Nord, dans les Rocheuses canadiennes et américaines et autour de Yellowstone, ainsi qu’en Asie orientale, de la Sibérie à la Mongolie et au nord de la Chine. Il occupe des forêts de montagne, des prairies et des vallées, et alterne bois et espaces ouverts au fil des saisons. Introduit en Nouvelle-Zélande il y a plus d’un siècle, il n’existe en revanche aucune population sauvage en France, ni ailleurs en Europe de l’Ouest.
Début octobre, le brame bat son plein dans les Rocheuses. Les mâles lancent des cris aigus qui portent sur plusieurs kilomètres, et les vallées du Wyoming ou du Montana résonnent comme une cathédrale. En forêt de Rambouillet ou de Chambord, c’est un cerf élaphe que l’on entend, cousin proche mais bien distinct. Si vous hésitez encore sur ce qui sépare des espèces voisines, cette page sur la difference entre deux animaux qu on confond remet de l’ordre dans le tableau.
Où vit le wapiti dans le monde : trois zones à retenir
Le premier pays pour l’espèce, c’est sans discussion les États-Unis. L’Amérique du Nord abrite environ un million de wapitis, soit pas loin de la population de Marseille, et la grande majorité vit dans l’Ouest : Colorado, Montana, Idaho, Wyoming, Oregon, Washington. Le Canada accueille ses propres hardes dans l’Alberta, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et le Manitoba, jusqu’aux lisières de la forêt boréale. Plusieurs sous-espèces se partagent le continent : le wapiti des Rocheuses, le plus répandu, celui de Roosevelt sur la côte Pacifique, du nord de la Californie à l’île de Vancouver, et le wapiti de Tule, cantonné à la Californie centrale.
L’espèce a pourtant connu des heures sombres. À l’origine, elle s’étendait jusqu’à la côte atlantique, et le wapiti de l’Est a disparu à la fin du XIXe siècle sous les coups de la chasse commerciale. Des programmes de réintroduction menés depuis les années 1990 ont réinstallé des animaux dans le Kentucky, le Wisconsin, la Pennsylvanie ou l’Ontario.
Yellowstone reste l’emblème de cette histoire. Le troupeau du nord du parc dépassait 15 000 têtes au début des années 1990, avant le retour du loup gris en 1995. Il se compte aujourd’hui en quelques milliers d’individus. Le loup n’explique pas tout : la chasse hors du parc, la sécheresse et la présence accrue des grizzlis pèsent aussi dans la balance.
En Asie, la carte est plus morcelée et la taxonomie reste débattue. Le wapiti de l’Altaï (sibiricus) fréquente les montagnes du sud de la Sibérie, de l’Altaï et des Saïan, avec des populations qui descendent vers la Mongolie. Le wapiti de Mandchourie (xanthopygus) occupe l’Extrême-Orient russe et le nord-est de la Chine. Plus au sud, le wapiti d’Alashan vit dans les monts Helan, en Chine, où il fait l’objet d’une protection stricte, et des populations persistent dans le Tian Shan, entre Kirghizistan, Kazakhstan et Xinjiang.
Troisième zone, celle des animaux déplacés par l’homme. En 1905, une vingtaine de wapitis venus des États-Unis (offerts, dit-on, par le président Theodore Roosevelt) ont été relâchés dans le Fiordland, au sud-ouest de l’île du Sud en Nouvelle-Zélande. Le pari a réussi au-delà des attentes : sans grand prédateur, les hardes ont prospéré dans ces vallées glaciaires humides. Aujourd’hui, un secteur du Fiordland est géré pour conserver un troupeau de wapitis sauvages, tandis que les autorités limitent leur expansion ailleurs. Des lâchers plus modestes ont aussi eu lieu en Argentine.
Pas de wapiti en France ni en Europe de l’Ouest
La réponse tient en une phrase : le wapiti ne vit pas à l’état sauvage en France, ni en Europe occidentale. On le croise dans quelques parcs zoologiques et des élevages, jamais en liberté. Le gibier forestier français, c’est le cerf élaphe (Cervus elaphus), espèce native du continent.
La confusion a une origine historique. Pendant longtemps, le wapiti a été classé comme une simple sous-espèce du cerf élaphe. Les analyses génétiques menées dans les années 2000 ont conduit à en faire une espèce à part entière, Cervus canadensis. Les deux animaux sont assez proches pour s’hybrider, ce qui explique que les gestionnaires européens surveillent de près les évasions d’élevage.
Forêt ou plaine : les habitats du wapiti
Le wapiti vit en forêt, mais il n’y reste jamais enfermé. Il recherche les zones de transition, là où conifères (sapin de Douglas, épicéa, pin tordu), trembles et lisières laissent place à des clairières et des prairies. Le matin et le soir, il broute en terrain découvert, car l’herbe y est abondante. Aux heures chaudes, il se replie sous le couvert pour ruminer et se protéger.
Son image d’animal de montagne est en partie trompeuse. À l’origine, c’était un habitant des plaines et des grands espaces herbeux. Les colons, la chasse et l’agriculture l’ont repoussé vers les reliefs, où il subsiste depuis. Les prairies alpines, les vallées d’altitude et les piémonts sont donc des refuges autant que des choix.
Cette double vie se prolonge par un voyage annuel. Au printemps, les hardes remontent vers les estives, souvent entre 2 500 et 3 000 mètres dans les Rocheuses, en suivant la repousse de l’herbe qui progresse en altitude avec la fonte des neiges. Les chercheurs parlent de « vague verte » : l’animal reste au bord du front de verdure, là où les plantes sont les plus riches en protéines. En automne, après le rut, la neige force le départ. Les wapitis redescendent vers des fonds de vallée à 1 500 ou 2 000 mètres, où le manteau neigeux est plus mince et la nourriture accessible.
L’amplitude varie beaucoup. Certaines hardes se contentent de quelques kilomètres, d’autres, dans la région de Yellowstone, parcourent plus de 100 kilomètres entre estive et hivernage. Ces trajets se transmettent de génération en génération : les jeunes les apprennent en suivant les femelles. Quand une clôture, une autoroute ou un lotissement coupe le passage, c’est un savoir ancestral qui se brise.
Prédateurs, chasse et statut de conservation
Qui s’attaque au wapiti dépend de l’âge de l’animal et de la région. Un adulte de plusieurs centaines de kilos n’a pas les mêmes ennemis qu’un faon de quelques semaines.
| Proie | Amérique du Nord | Asie |
|---|---|---|
| Adultes | Loup gris, puma (cougar), ours grizzli | Loup, tigre de l’Amour (Extrême-Orient russe), ours brun |
| Faons | Ours (grizzli et noir), coyote, lynx roux, aigle royal | Loup, lynx boréal, ours brun |
| Toutes classes d’âge | Chasse humaine | Chasse et braconnage |
Chez les adultes, le loup gris chasse en meute et profite de la neige profonde de l’hiver pour épuiser ses proies. Le puma, lui, procède à l’affût, surtout en forêt et sur les pentes rocheuses. Le grizzli s’intéresse plutôt aux animaux affaiblis ou aux carcasses, mais il reste un acteur sérieux.
Chez les faons, la pression s’élargit. Dans la région de Yellowstone, les ours causent une part considérable des pertes dans les premières semaines de vie, quand les petits sont encore peu mobiles. Coyotes et lynx complètent le tableau, et l’aigle royal peut emporter un faon isolé, même si c’est plus rare. En Nouvelle-Zélande, aucun grand prédateur n’est présent : seule la régulation humaine limite les effectifs.
L’homme reste, de très loin, le premier facteur de régulation. En Amérique du Nord, la chasse au wapiti est strictement encadrée par des quotas et des permis, et les fonds qu’elle génère servent en partie à financer l’achat et la protection d’habitats. Les gestionnaires règlent ainsi la taille des hardes selon la capacité d’accueil des milieux. La fragmentation du territoire, elle, joue contre l’espèce : routes, clôtures, urbanisation des vallées d’hivernage. S’y ajoute la maladie du dépérissement chronique (MDC), une maladie à prions détectée chez des cervidés nord-américains et surveillée de près.
Côté conservation, l’UICN classe l’espèce en préoccupation mineure, ce qui reflète la bonne santé des effectifs nord-américains. Le tableau est moins rassurant en Asie, où la perte d’habitat et le braconnage menacent certaines sous-espèces, notamment dans les zones les plus densément peuplées de Chine.
Ce qu’il faut retenir sur le wapiti et son habitat
- Le plus grand nombre de wapitis vit aux États-Unis, dans l’Ouest, avec le Canada en second.
- L’Asie abrite des sous-espèces en Sibérie, en Mongolie, en Chine du Nord et en Asie centrale.
- La Nouvelle-Zélande compte des wapitis depuis 1905, dans le Fiordland, mais la France et l’Europe de l’Ouest n’en ont aucun à l’état sauvage.
- L’espèce vit à la jonction des bois et des espaces ouverts, et migre en altitude selon les saisons pour suivre l’herbe et fuir la neige.
- Loup, ours et puma menacent les adultes, tandis que les faons subissent aussi coyotes, lynx et rapaces.
Le nom « wapiti » vient du shawnee et évoque la croupe blanche de l’animal, un détail visible de loin dans les clairières. Pour prolonger la découverte des grands cervidés, regardez où vit l’élan ? et la présentation de L’élan, qui partage une partie des forêts nord-américaines du wapiti, puis le portrait de Le renne et le caribou, habitants du grand Nord.

