Une quinzaine d’espèces. C’est le nombre de baleines au sens strict, toutes rangées dans le sous-ordre des mysticètes, les cétacés à fanons. Elles se répartissent en quatre familles : Balaenidae (baleines franches et baleine boréale), Balaenopteridae (rorquals et baleine à bosse), Eschrichtiidae (la baleine grise, seule de sa famille) et Neobalaenidae (la baleine pygmée). Le cachalot, l’orque et les dauphins relèvent de l’autre sous-ordre, celui des odontocètes à dents, et ne sont donc pas des baleines pour un taxonomiste.

Combien d’espèces de baleines existe-t-il, et comment sont-elles classées ?

Le chiffre exact dépend de la liste consultée. Les ouvrages anciens parlent de 14 ou 15 espèces de mysticètes, les listes récentes en comptent 16, parce que les généticiens ont séparé des espèces autrefois confondues : le rorqual de Bryde et celui d’Eden, la baleine franche du Pacifique Nord, et la baleine de Rice, décrite comme espèce à part en 2021. La classification n’est pas figée, et c’est la première chose à savoir avant de citer un nombre.

Tableau de classification : ordre, sous-ordre, familles et espèces

Toutes ces espèces appartiennent à l’ordre des Cetacea, sous-ordre des Mysticeti. Voici l’arbre complet, famille par famille.

Famille Nom courant Nom scientifique
Balaenidae Baleine boréale Balaena mysticetus
Balaenidae Baleine franche de l’Atlantique Nord Eubalaena glacialis
Balaenidae Baleine franche du Pacifique Nord Eubalaena japonica
Balaenidae Baleine franche australe Eubalaena australis
Balaenopteridae Baleine bleue Balaenoptera musculus
Balaenopteridae Rorqual commun Balaenoptera physalus
Balaenopteridae Rorqual boréal (sei) Balaenoptera borealis
Balaenopteridae Rorqual de Bryde Balaenoptera brydei
Balaenopteridae Rorqual d’Eden Balaenoptera edeni
Balaenopteridae Rorqual d’Omura Balaenoptera omurai
Balaenopteridae Baleine de Rice Balaenoptera ricei
Balaenopteridae Petit rorqual (minke) Balaenoptera acutorostrata
Balaenopteridae Petit rorqual antarctique Balaenoptera bonaerensis
Balaenopteridae Baleine à bosse Megaptera novaeangliae
Eschrichtiidae Baleine grise Eschrichtius robustus
Neobalaenidae Baleine pygmée Caperea marginata

Mysticètes et odontocètes : deux sous-ordres à ne pas confondre

L’ordre des cétacés compte environ 90 espèces, et les baleines n’en forment qu’une minorité. Les odontocètes, avec leurs 70 et quelques espèces, dominent largement : dauphins, marsouins, orques, bélugas, narvals, cachalots. Un mysticète filtre l’eau à travers des fanons, ces lames de kératine suspendues à la mâchoire supérieure, et possède deux évents. Un odontocète saisit ses proies avec des dents, n’a qu’un seul évent et pratique l’écholocation grâce à un organe frontal, le melon.

Pour qui s’intéresse à ce que ces fanons filtrent, l’article sur que mangent les baleines détaille le régime des grandes espèces, et la page consacrée à l’alimentation le chiffre espèce par espèce.

Le cachalot porte entre 40 et 50 dents, uniquement sur la mâchoire inférieure, l’orque en compte de 40 à 56. L’usage populaire leur colle pourtant l’étiquette « baleine » (« baleine tueuse » pour l’orque, en calque de l’anglais killer whale), ce qui entretient la confusion. Retenez que la frontière passe par le sous-ordre, pas par la taille : le cachalot, qui atteint 16 à 18 mètres, dépasse largement une baleine pygmée de 6 mètres.

Les quatre familles de baleines à fanons

Les Balaenidae rassemblent les baleines « franches » et la baleine boréale, soit quatre espèces. Têtes immenses (jusqu’à un tiers de la longueur du corps), corps trapus, absence de nageoire dorsale, mâchoire inférieure fortement arquée. Leurs fanons sont les plus longs du groupe : jusqu’à 4 mètres chez la baleine boréale. Les franches portent aussi des callosités blanches sur la tête, dont la disposition est propre à chaque individu.

Les Balaenopteridae forment la famille la plus nombreuse, avec dix espèces dans la liste actuelle. Rorquals et baleine à bosse partagent des sillons ventraux, ces plis de peau qui courent de la mâchoire au nombril et se déploient quand l’animal engloutit un volume d’eau supérieur à celui de son propre corps. Ils ont aussi une nageoire dorsale, plus ou moins haute, et un corps profilé. La baleine à bosse se distingue par ses longues pectorales, qui peuvent atteindre un tiers de sa longueur.

Les Eschrichtiidae ne comptent qu’une espèce, la baleine grise. Pas de dorsale mais une série de petites crêtes sur l’arrière du dos, quelques sillons courts sous la gorge (deux à cinq, contre des dizaines chez les rorquals), et un mode d’alimentation unique : elle racle les fonds sableux, souvent en se couchant sur un côté. Dernière rescapée de sa lignée, elle a disparu de l’Atlantique Nord il y a plusieurs siècles.

Les Neobalaenidae, enfin, se résument à Caperea marginata, la plus petite des baleines à fanons (4 à 6,5 mètres). Longtemps classée parmi les baleines franches à cause de sa mâchoire arquée, elle a une dorsale et des fanons courts, d’environ 70 centimètres. Les études génétiques en ont fait une famille à part. Elle reste mal connue : très peu d’observations en mer.

Les espèces une à une : chiffres clés et statut UICN

Les fourchettes ci-dessous sont des ordres de grandeur issus de la littérature scientifique et des fiches de la Liste rouge de l’UICN. Les poids varient d’une source à l’autre, car peser un animal de plusieurs dizaines de tonnes relève souvent de l’estimation.

Espèce Taille adulte Poids approximatif Statut UICN
Baleine bleue 25 à 30 m 100 à 150 t En danger
Rorqual commun 20 à 24 m 40 à 80 t Vulnérable
Rorqual boréal (sei) 12 à 18 m jusqu’à 25 t En danger
Baleine à bosse 13 à 16 m 25 à 40 t Préoccupation mineure
Baleine grise 13 à 15 m 20 à 35 t Préoccupation mineure
Baleine franche de l’Atlantique Nord 13 à 16 m jusqu’à 70 t En danger critique
Baleine franche du Pacifique Nord 13 à 17 m 40 à 80 t En danger
Baleine franche australe 13 à 16 m 40 à 60 t Préoccupation mineure
Baleine boréale 14 à 18 m 75 à 100 t Préoccupation mineure
Petit rorqual (minke) 7 à 10 m 5 à 10 t Préoccupation mineure
Baleine pygmée 4 à 6,5 m 3 à 3,5 t Préoccupation mineure

La baleine bleue est le plus grand animal connu : environ 30 mètres. Sa population mondiale, décimée par la chasse industrielle du XXe siècle, reste classée en danger. Le rorqual commun, deuxième plus grand animal de la planète, est l’un de ses voisins les plus proches, au point que des hybrides ont été signalés.

La baleine à bosse, elle, illustre un rétablissement réussi : les mesures de protection ont ramené l’espèce en préoccupation mineure. La baleine grise connaît un sort comparable à l’échelle mondiale, mais la population de l’ouest du Pacifique Nord reste en danger critique, un rappel que le statut d’une espèce ne dit rien des populations locales. Les trajets de ces animaux, parfois de plus de 10 000 kilomètres, sont décrits dans la page habitat et migrations.

Chez les franches, les trois espèces se distinguent surtout par leur aire et leur sort. Celle de l’Atlantique Nord compte moins de 400 individus, ce qui en fait l’un des grands cétacés les plus menacés. Pour la question de la « baleine la plus rare », la baleine de Rice, confinée au golfe du Mexique, ne compte que quelques dizaines d’individus et lui dispute ce triste titre. La baleine boréale, vivant dans les eaux arctiques, est la plus longévive : des estimations dépassent 200 ans chez certains individus.

Sur quels critères repose la classification, et comment l’appliquer

Le critère de base est la présence de fanons ou de dents. Un mysticète possède entre 150 et 400 fanons par côté de la mâchoire, selon l’espèce : environ 270 à 400 chez la baleine bleue, 230 à 360 chez la boréale. Un odontocète garde des dents tout au long de sa vie, parfois une seule paire visible comme la défense du narval.

D’autres indices complètent ce premier tri. Le souffle d’une baleine franche forme un V, car elle a deux évents écartés, alors que celui du rorqual commun monte en colonne haute et étroite, jusqu’à 6 mètres. Le cachalot, avec son unique évent décalé à gauche, projette son jet en oblique vers l’avant. La nageoire dorsale est absente chez les franches, la boréale et la grise, présente mais petite chez la plupart des rorquals, et très haute chez le rorqual commun. Le crâne, enfin, est symétrique chez les mysticètes et asymétrique chez les odontocètes, un détail qu’on ne voit pas en mer mais qui compte pour les paléontologues.

Plusieurs erreurs reviennent sans cesse :

  • Croire que le rorqual n’est pas une baleine : c’est une baleine, membre de la famille des Balaenopteridae, tout comme la baleine à bosse.
  • Ranger le cachalot, l’orque ou le béluga parmi les baleines : ce sont des odontocètes.
  • Écrire « baleine blanche » ou « baleine noire » pour désigner une espèce : ce sont des noms vernaculaires flous (le béluga est un odontocète, la « baleine noire » désigne souvent la franche).

Pour vérifier un chiffre, la Liste rouge de l’UICN donne le statut et la date d’évaluation de chaque espèce, et le groupe d’experts sur les cétacés de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN tient la taxonomie de référence. La Society for Marine Mammalogy publie la liste mondiale des noms acceptés. En France, l’INPN et le Muséum national d’Histoire naturelle documentent la nomenclature française, et la SFEPM suit les cétacés des côtes métropolitaines. Pour les noms d’animaux hors cétacés, la page les animaux et leur femelle et leur petit et leur cri prolonge cette logique de référence.

Un dernier point : la baleine de Rice n’a été reconnue comme espèce distincte qu’en 2021, et les statuts sont réévalués régulièrement. Avant de reprendre un nombre d’espèces ou un statut, ouvrez la fiche UICN de l’espèce, notez l’année de l’évaluation, et gardez ce tableau sous la main pour les prochaines pages du cocon qui s’appuient sur cette classification.