Une course rapide au supermarché du coin, quinze minutes tout au plus. C’est le genre de sortie qu’on ne réfléchit même plus en vacances. Sauf qu’en Espagne, en cette période estivale où des milliers de Français profitent de la péninsule ibérique, ce genre d’habitude peut virer au véritable cauchemar administratif. Retour sur une mésaventure qui devrait faire réfléchir tous les vacanciers voyageant avec leur chien.
Une simple course qui a viré au cauchemar administratif
Le scénario paraît banal. On laisse le chien sur le balcon, à l’ombre, avec de l’eau fraîche, et on file faire quelques emplettes. Un réflexe presque automatique pour beaucoup de propriétaires, en France comme ailleurs. Sauf qu’au retour, la scène qui attend certains vacanciers en Espagne n’a rien de rassurant : un agent municipal qui patiente devant l’immeuble, carnet à la main. La raison ? Un voisin ou un simple passant a signalé la présence de l’animal seul sur la terrasse. Ce qui semblait être une absence de quelques minutes s’est transformé en un contrôle en règle, avec des questions précises sur la durée de l’absence, les conditions de l’animal, et surtout, l’existence ou non d’une surveillance. Une situation stressante, d’autant plus déroutante que ce type de comportement ne pose absolument aucun problème en France.
La loi espagnole sur le bien-être animal ne pardonne aucun écart
Depuis septembre 2023, l’Espagne applique une législation particulièrement stricte concernant les animaux de compagnie : la loi 7/2023 sur le bien-être animal. Son article 27 est limpide : il est interdit de maintenir de façon habituelle des chiens et des chats sur les terrasses, balcons, toits-terrasses, remises, sous-sols, patios et véhicules. Le mot clé, c’est bien « habituel ». Un chien qui profite du soleil sur le balcon une heure, sous l’œil attentif de son maître, ne pose aucun souci légal. Ce que la loi vise, c’est la transformation de cet espace en lieu de vie permanent, sans accès à l’intérieur, sans présence humaine, sans conditions dignes. Le texte fixe même des limites temporelles précises : un animal ne peut rester sans surveillance plus de trois jours consécutifs, et ce délai tombe à seulement 24 heures pour un chien. Les autorités espagnoles justify cette sévérité par des risques bien identifiés, chaleur extrême, manque de ventilation, isolement prolongé, des dangers particulièrement présents en période de canicule estivale, un phénomène récurrent sur la péninsule.
Les amendes tombent, même pour les touristes de passage
Voici la partie qui fait grimacer : la loi espagnole ne distingue pas les résidents des touristes de passage. En vertu de cette loi sur le bien-être animal, laisser un chien sans surveillance sur un balcon ou une terrasse constitue une infraction grave, exposant systématiquement les locaux comme les visiteurs estivaux à une amende allant de 10 000 à 50 000 euros. Un montant qui dépasse largement ce à quoi les vacanciers s’attendent pour une simple course de quinze minutes. La loi prévoit d’ailleurs trois niveaux de sanctions : les infractions mineures, punies d’un avertissement ou d’une amende de 500 à 10 000 euros, les infractions graves, comme celle évoquée plus haut, et les infractions très graves, qui peuvent grimper jusqu’à 200 000 euros lorsque l’animal souffre de séquelles ou décède. Un exemple concret : à Vigo, une jeune femme a été verbalisée à hauteur de 500 euros pour avoir simplement attaché son chien devant une pharmacie, sans surveillance. De quoi mesurer l’ampleur de la vigilance espagnole en la matière, y compris pour des situations qui, en France, passeraient totalement inaperçues.
Mieux vaut prévenir que payer : ce qu’il faut retenir de cette mésaventure
Cette histoire n’a rien d’un cas isolé. Avec plus de 7,5 millions de chiens recensés dans les foyers espagnols selon le Ministère des Droits Sociaux, les contrôles se multiplient, notamment en période estivale, lorsque les vacanciers affluent avec leurs compagnons à quatre pattes. Quelques réflexes simples permettent d’éviter tout désagrément :
- Ne jamais laisser le chien seul sur un balcon plus d’une heure, même sous surveillance ponctuelle
- Privilégier un espace intérieur aménagé, avec eau, nourriture et un coin de repos ombragé
- Vérifier que le logement de vacances dispose d’une pièce adaptée pour l’animal en cas d’absence
- Souscrire une assurance responsabilité civile pour son chien, obligatoire en Espagne
- Signaler toute perte d’animal dans un délai maximum de 48 heures, sous peine d’être considéré comme un abandon
Un rappel utile à l’approche de la rentrée, alors que les derniers séjours en Espagne se multiplient encore en ce mois d’août. La législation espagnole ne fait pas dans la nuance : mieux vaut anticiper que découvrir, comme cette propriétaire, un agent qui patiente devant chez soi. Et si cette vigilance venait à s’exporter progressivement en France, seriez-vous vraiment prêt à changer vos habitudes ?
