La famille des cervidés (Cervidae) compte environ 55 à 60 espèces, réparties en deux sous-familles : les Cervinae (cerf élaphe, cerf sika, daim, cerf du Père David, muntjacs) et les Capreolinae, aussi appelés Odocoileinae (élan, renne, chevreuil, cerf de Virginie, cerf-mulet, mazamas, pudus). Ces espèces se distribuent en une quinzaine de genres, parfois près de vingt selon les auteurs. Le plus grand cervidé est l’élan (genre Alces), le plus petit est le pudu du Nord, qui dépasse à peine 35 cm au garrot. Voici la liste, genre par genre, avec les noms scientifiques et les zones de répartition.

Combien d’espèces de cervidés existe-t-il, et comment sont-elles classées ?

Le chiffre bouge parce que la taxonomie bouge. La référence classique, Mammal Species of the World (Wilson et Reeder, 2005), retient 55 espèces. D’autres listes tombent autour de 47 à 52 en regroupant des formes proches. À l’inverse, la révision de Groves et Grubb en 2011 a promu de nombreuses sous-espèces au rang d’espèces et dépasse largement les 80. Le wapiti illustre bien ce mécanisme. Longtemps considéré comme un cerf élaphe nord-américain, il a été reconnu espèce à part entière (Cervus canadensis) après des analyses génétiques. Une espèce de plus, sans qu’aucun animal nouveau ait été découvert.

Avant d’énumérer, une définition. Les cervidés sont des ruminants ongulés de l’ordre des artiodactyles, c’est-à-dire des animaux à doigts pairs qui marchent sur deux sabots par patte. Leur signature, ce sont les bois caducs : des structures osseuses qui tombent chaque année puis repoussent, à une vitesse pouvant atteindre plusieurs centimètres par jour chez les grandes espèces. Les cornes des bovidés, elles, sont permanentes. Chez la plupart des cervidés, seuls les mâles portent des bois. Le renne fait exception, ses femelles en portent aussi. Et une espèce n’en a jamais : l’hydropote.

La hiérarchie du vivant s’applique ici comme ailleurs : famille, sous-famille, genre, espèce. Dans Cervus elaphus, le cerf élaphe, Cervus est le genre et elaphus l’épithète d’espèce. Deux animaux du même genre peuvent donc s’hybrider parfois (cerf élaphe et cerf sika en sont l’exemple européen), alors que deux genres différents restent séparés. Au sommet, deux sous-familles : les Cervinae, essentiellement asiatiques et européens, et les Capreolinae, qui regroupent les cervidés du Nouveau Monde et ceux des hautes latitudes. Certains auteurs isolent les muntjacs dans une troisième sous-famille, les Muntiacinae. Nous suivons ici la présentation la plus courante, qui les garde parmi les Cervinae.

Reste le cas de l’hydropote (Hydropotes inermis), le cerf d’eau chinois. Sans bois, il arbore à la place de longues canines supérieures chez le mâle, qui évoquent un vampire de poche. On l’a longtemps placé dans une sous-famille à part, les Hydropotinae. Les études moléculaires le rattachent désormais aux Capreolinae, tout près du chevreuil. Il vit dans les roselières de Chine et de Corée, et une population importante s’est établie en Angleterre à partir d’animaux échappés de parcs. Ne pas le confondre avec les chevrotains porte-musc, qui ont aussi des canines apparentes mais appartiennent à une autre famille (Moschidae).

Liste des genres de cervidés, de Cervus à Pudu

Cervinae : le versant ancien monde

Le genre Cervus est le plus familier des Européens. Il rassemble le cerf élaphe (Cervus elaphus), présent de l’Irlande à l’Asie occidentale, le wapiti (Cervus canadensis) d’Amérique du Nord et d’Asie orientale, et le cerf sika (Cervus nippon), originaire d’Asie orientale et introduit dans plusieurs pays européens. Le cerf de Barbarie (Cervus elaphus barbarus) n’est pas une espèce mais une sous-espèce du cerf élaphe. Son intérêt est ailleurs : c’est le seul cerf indigène d’Afrique, confiné au nord-est du Maghreb. Quant à la confusion wapiti/elk et orignal/élan, elle relève du vocabulaire anglo-saxon, détaillé dans la page sur les noms multiples de ces animaux.

Le daim (Dama dama) forme à lui seul le genre Dama avec son cousin iranien, le daim de Mésopotamie (Dama mesopotamica), en danger. Le daim commun est originaire du pourtour méditerranéen oriental et a été diffusé en Europe depuis l’Antiquité. Sa robe tachetée en été et ses bois palmés le distinguent du cerf.

Le cerf du Père David (Elaphurus davidianus) est le seul représentant du genre Elaphurus. Disparu à l’état sauvage en Chine, il a survécu grâce à un troupeau conservé en Angleterre, à Woburn Abbey. Des réintroductions menées depuis 1985 en Chine ont reconstitué plusieurs milliers d’individus, dans des réserves et des zones semi-libres. L’UICN le classe pourtant « éteint à l’état sauvage », car aucune population n’est considérée comme totalement autonome. Voilà un cervidé que presque personne ne sait situer, alors qu’il est l’un des plus spectaculaires.

Les muntjacs (genre Muntiacus) sont de petits cervidés forestiers d’Asie du Sud et du Sud-Est, de 40 à 65 cm au garrot selon les espèces, aux bois courts posés sur de longs pédicelles osseux. Leur cri rauque leur vaut le surnom de « cerfs aboyeurs ». Autre record, génétique celui-là : chez le muntjac indien (Muntiacus muntjak), les femelles n’ont que 6 chromosomes, les mâles 7, soit le plus bas nombre connu chez un mammifère. Le muntjac de Reeves (Muntiacus reevesi), originaire de Chine et de Taïwan, est devenu courant dans les campagnes anglaises. Autour de ces genres gravitent d’autres cervinés asiatiques : le chital (Axis axis) d’Inde, le sambar (Rusa unicolor), le barasingha (Rucervus duvaucelii) et le cerf d’Eld (Panolia eldii).

Capreolinae : le Nouveau Monde et le Grand Nord

L’élan (Alces alces) est le seul membre du genre Alces. Un mâle adulte peut dépasser 600 kg et mesurer plus de 2 m au garrot, ce qui en fait le plus grand cervidé vivant. Il occupe la forêt boréale d’Eurasie et d’Amérique du Nord, où on l’appelle orignal ou moose. Pour le comparer au caribou, la page sur la différence entre élan et caribou fait le travail en détail.

Le renne et le caribou sont une même espèce, Rangifer tarandus, seule représentante du genre Rangifer. Circumpolaire, elle s’étend de la Scandinavie à la Sibérie, de l’Alaska au Labrador. Ceux qui se demandent quel est l’autre nom du caribou ? trouveront la réponse dans la page dédiée aux noms multiples. Particularité du genre : la femelle du renne porte aussi des bois, ce qui est unique dans la famille.

Deux espèces américaines composent le genre Odocoileus. Le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus) s’étend du Canada au nord de l’Amérique du Sud, et a été introduit en Finlande dès les années 1930. Le cerf-mulet (Odocoileus hemionus), reconnaissable à ses grandes oreilles, vit à l’ouest du continent nord-américain. Le chevreuil (Capreolus capreolus), seul cervidé européen de ce groupe, partage son genre avec le chevreuil de Sibérie (Capreolus pygargus), plus grand.

Plus déroutants pour un lecteur français : les mazamas (genre Mazama). Ces cervidés forestiers d’Amérique centrale et du Sud, de la taille d’un grand chevreuil ou plus petits, portent de simples dagues sans ramification. Le mazama rouge (Mazama americana) en est le chef de file. Le genre pose des difficultés aux taxonomistes, qui le redécoupent régulièrement en plusieurs lignées.

Le genre Pudu décroche le record de petitesse. Le pudu du Nord (Pudu mephistophiles), de Colombie, d’Équateur et du Pérou, mesure 32 à 35 cm au garrot pour 3 à 6 kg. Le pudu du Sud (Pudu puda), du Chili et d’Argentine, atteint environ 45 cm. un pudu adulte tient sur une table basse.

Quatre autres genres complètent la liste. Hippocamelus regroupe le huemul de Patagonie (Hippocamelus bisulcus), emblème du Chili, et la taruca des Andes centrales (Hippocamelus antisensis). Blastocerus compte un seul représentant, le cerf des marais (Blastocerus dichotomus), plus grand cervidé d’Amérique du Sud. Ozotoceros désigne le cerf des pampas (Ozotoceros bezoarticus), des prairies d’Amérique du Sud. Enfin, Hydropotes correspond au cerf d’eau chinois évoqué plus haut.

Tableau récapitulatif : espèce, nom scientifique, taille, répartition

Les tailles indiquées sont des ordres de grandeur de hauteur au garrot, qui varient selon le sexe et les populations.

Nom vernaculaire Nom scientifique Genre Sous-famille Taille au garrot Répartition
Cerf élaphe Cervus elaphus Cervus Cervinae 110-150 cm Europe, Maghreb, Asie occidentale
Wapiti Cervus canadensis Cervus Cervinae 130-150 cm Amérique du Nord, Asie centrale et orientale
Cerf sika Cervus nippon Cervus Cervinae 70-110 cm Asie orientale, introduit en Europe
Daim Dama dama Dama Cervinae 85-100 cm Méditerranée orientale, introduit en Europe
Cerf du Père David Elaphurus davidianus Elaphurus Cervinae 120-140 cm Chine (réintroduit)
Chital Axis axis Axis Cervinae 85-95 cm Sous-continent indien
Sambar Rusa unicolor Rusa Cervinae 100-160 cm Asie du Sud et du Sud-Est
Muntjac de Reeves Muntiacus reevesi Muntiacus Cervinae 45-50 cm Chine, Taïwan, introduit en Angleterre
Muntjac indien Muntiacus muntjak Muntiacus Cervinae 50-65 cm Asie du Sud et du Sud-Est
Élan Alces alces Alces Capreolinae 140-210 cm Forêt boréale d’Eurasie et d’Amérique du Nord
Renne, caribou Rangifer tarandus Rangifer Capreolinae 90-140 cm Arctique et subarctique
Chevreuil Capreolus capreolus Capreolus Capreolinae 65-75 cm Europe, Asie mineure
Chevreuil de Sibérie Capreolus pygargus Capreolus Capreolinae 70-90 cm Sibérie, Asie orientale
Cerf de Virginie Odocoileus virginianus Odocoileus Capreolinae 80-110 cm Amériques, du Canada au nord de l’Amérique du Sud
Cerf-mulet Odocoileus hemionus Odocoileus Capreolinae 80-105 cm Ouest de l’Amérique du Nord
Mazama rouge Mazama americana Mazama Capreolinae 65-75 cm Amérique centrale et du Sud
Pudu du Sud Pudu puda Pudu Capreolinae 35-45 cm Chili, Argentine
Pudu du Nord Pudu mephistophiles Pudu Capreolinae 32-35 cm Colombie, Équateur, Pérou
Huemul Hippocamelus bisulcus Hippocamelus Capreolinae 80-90 cm Patagonie andine
Taruca Hippocamelus antisensis Hippocamelus Capreolinae 70-80 cm Andes centrales
Cerf des marais Blastocerus dichotomus Blastocerus Capreolinae 110-125 cm Zones humides d’Amérique du Sud
Cerf des pampas Ozotoceros bezoarticus Ozotoceros Capreolinae environ 70 cm Prairies d’Amérique du Sud
Hydropote Hydropotes inermis Hydropotes Capreolinae 50-55 cm Chine, Corée

Cervidés de France, cervidés d’ailleurs, espèces disparues ou menacées

Quels cervidés vivent en France ? Trois espèces occupent l’essentiel du territoire. Le chevreuil, le plus répandu, fréquente forêts, bocages et jusqu’aux plaines cultivées. Le cerf élaphe se concentre dans les grands massifs forestiers. Le daim, introduit depuis longtemps, vit surtout dans des parcs et quelques forêts. S’y ajoutent des populations locales de cerf sika, issues d’introductions, et le cerf de Corse, une forme insulaire du cerf élaphe (Cervus elaphus corsicanus). Éteint sur l’île dans les années 1960, il y a été réintroduit à partir d’animaux sardes.

Tout le reste est exotique. Aucun cervidé indigène en Afrique subsaharienne, le cerf de Barbarie constituant l’unique exception africaine. Aucun non plus en Australie, où chital, sambar, daim et cerf rusa ont été importés puis se sont acclimatés. Pour un Français, les cervidés « absents » se croisent surtout dans les zoos : renne, élan, pudu ou cerf du Père David.

Côté disparus, le plus célèbre est le mégacéros (Megaloceros giganteus), le prétendu « élan d’Irlande », ni vraiment irlandais ni élan, dont les bois pouvaient atteindre près de 3,5 m d’envergure. Il s’est éteint il y a environ 7 700 ans, dernier refuge en Sibérie occidentale. Plus proche de nous, le cerf de Schomburgk (Rucervus schomburgki), des plaines inondables de Thaïlande, a disparu au XXe siècle, le dernier individu captif étant abattu en 1938. Parmi les menacés, on compte le huemul de Patagonie, le daim de Mésopotamie, le cerf de Bawean (Axis kuhlii), limité à une île d’Indonésie et en danger critique, ou le hangul du Cachemire, réduit à quelques centaines d’individus.

Identifier un animal avec cette liste, et réponses rapides

Le sanglier est-il un cervidé ? Non. Il appartient à la famille des suidés, ne porte jamais de bois et n’est pas un ruminant. Même verdict pour les antilopes, les chèvres ou le chamois : ce sont des bovidés, dont les cornes ne tombent pas. La difference entre deux animaux qu on confond se joue souvent sur ce seul critère, détaillé dans la page dédiée. L’okapi et la girafe, avec leurs ossicônes recouverts de peau, forment une troisième catégorie.

Pour situer un animal, une méthode en quatre temps suffit.

  • Où l’a-t-on vu ? Le continent écarte déjà la moitié de la liste.
  • Porte-t-il des bois, et lesquels : palmés (élan, daim), en dagues simples (mazama, pudu), en ramure complexe (cerf élaphe) ?
  • Quelle taille approximative, comparée au tableau ?
  • Quel genre en résulte ? C’est lui qui renvoie ensuite vers la page spécialisée du cocon.

Une dernière précision pour qui veut aller vite : le muntjac est un petit cerf asiatique du genre Muntiacus, le plus petit cervidé est le pudu du Nord, et le cerf du Père David n’existe plus à l’état strictement sauvage, mais des milliers d’individus vivent aujourd’hui en Chine en semi-liberté.

Cette liste n’est pas figée. Le séquençage génétique continue de redécouper les genres, notamment chez les mazamas, et la prochaine révision pourrait modifier plusieurs lignes du tableau. Pour exploiter ce qui précède, repérez le genre de l’animal qui vous intéresse puis ouvrez la page correspondante : comparer l’élan au caribou, distinguer cerf et chevreuil ou vérifier la taille d’un pudu s’y fait en quelques minutes, avec les chiffres à l’appui.