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Quand les chats ont-ils pris possession du monde ?

Crédits : iStock

Une nouvelle étude de l’ADN de plus de 200 chats anciens révèle de nouveaux indices quant à la manière dont les chats sauvages, solitaires et malodorants ont commencé à s’imposer dans nos foyers.

Il y a quelques milliers d’années, chats sauvages et agriculteurs conclurent un accord tacite : l’un userait de ses talents pour tuer la vermine et protéger les récoltes des ravages, pendant que l’autre tolérerait la présence de l’autre et le laisserait manger des restes. Jusqu’à ce jour, telle fut l’histoire longtemps supposée la domestication des chats, mais une nouvelle étude de l’ADN des os et des crocs de plus de 200 chats anciens permet aujourd’hui de mieux appréhender ce processus de domestication. L’étude, menée par une équipe internationale de chercheurs, suggère en effet que la dispersion des chats se serait en fait produite en deux vagues, d’abord du Croissant Fertile puis d’Égypte plus tard. Et leur migration inclut probablement des voyages sur des navires vikings.

Comme cela a déjà été établi par des recherches antérieures, les chats modernes sont issus d’une sous-espèce de chat sauvage, Felis silvestris lybica, originaire du nord de l’Afrique et du sud-ouest de l’Asie. L’équipe a ici analysé l’ADN mitochondrial transmis par la mère et mieux conservé, de plus de 200 chats de cette espèce dont les ossements ont été retrouvés à divers endroits à travers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient (certains sont vieux de 9 000 ans). Il fut alors constaté qu’une lignée fut bien enracinée dans le Croissant Fertile, où les Hommes d’autrefois imaginaient l’agriculture il y a plus de 10 000 ans, prenant probablement conscience que certains chats sauvages locaux pourraient leur être utiles. « Chats et Hommes ont profité les uns des autres », explique Eva-Maria Geigl, généticienne et spécialiste de l’évolution à l’Institut Jacques Monod à Paris. « Les humains étaient heureux, il y avait moins de rongeurs et les chats avaient de la nourriture ».

Peu de temps après, les premiers agriculteurs ont migré vers l’Europe, il y a environ 7 000 ans. Les chats ont alors commencé à apparaître sur les mêmes sites, suggérant qu’ils avaient suivi le mouvement. Ou du moins, qu’ils avaient été autorisés à le faire. Mais cette étude-ci révèle que c’est en fait une lignée égyptienne de chats qui a réellement investi plusieurs parties d’Afrique et d’Europe plusieurs milliers d’années plus tard, dès 1700 av. J.-C. La présence du chat se serait ensuite réellement accélérée du 5e au 13e siècle. Des spécimens ont notamment été retrouvés dans un ancien port de commerce viking sur la mer Baltique, au nord de l’Allemagne, prêtant crédit à l’idée que les chats fournissaient des services de lutte antiparasitaire sur les navires au Moyen Âge.

Par ailleurs, les chercheurs, qui publient leurs résultats dans la revue Nature Ecology & Evolution, se sont également penchés sur les pelages de nos anciens félins. Tandis que les chats sauvages ont des manteaux rayés, seuls les chats domestiqués ont des manteaux de fourrure tachetés. Ce modèle était déjà connu comme étant causé par une mutation génétique. En analysant l’ADN de ces anciens spécimens, il est alors apparu que ces pelages tachetés ont été observés pour la première fois au Moyen Âge, suggérant ainsi que la domestication telle que nous la connaissons et qui implique un élevage sélectif serait finalement apparue beaucoup plus tard ou du moins que le processus ne fut pas aussi rapide que supposé.

Article initialement publié sur SciencePost

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